Avis positif pour Stuck de Stuart Gordon

Publié le par Horrormaniac

Couronné pape du gore subversif dans les années 80, Stuart Gordon opère depuis maintenant quelques années un surprenant virage artistique dans sa carrière, en délaissant les étalages de latex qui ont fait sa renommée et en abordant de front des problèmes sociaux qui minent notre société. Plus qu’une bifurcation, une véritable proposition inédite dans la filmographie d’un auteur indispensable !

Stuart Gordon, sociologue du gore ? Pas loin, car si le bonhomme a toujours manié avec brio la satire, ses aptitudes d’observateur éclairé de la condition humaine ont su élever son cinéma à un niveau d’intelligence parfois très supérieur. Depuis King of the Ants, il poursuit même dans cette direction que certains qualifieront de « réaliste », en ancrant ses histoires dans un quotidien prégnant, dynamité par la suite à coups d’extrême violence et de réflexions morales. Ses personnages sont souvent en proie à l’auto-destruction et/ou victime d’une société dévoreuse d’humanité. Stuck, son dernier long très logiquement salué par la critique, ne déroge pas à cette règle, et s’impose d’emblée comme l’un des portraits les plus percutants et horriblement drôles de cette Amérique middle class qui stagne dans sa médiocrité et son hypocrisie. Le personnage qu’interprète Mena Suvari, infirmière blondinette qui torche le cul de vieux incontinents toute la journée, représente parfaitement cette population prisonnière d’une routine glauque, celle qui vous grille à petit feu chaque jour un peu plus. Sa rencontre avec un SDF pathétique incarné par le génial Stephen Rea. témoigne de l’incompréhension qui existe entre le monde des travailleurs et celui des laissés pour compte. Ces deux univers, qui se côtoient, se maudissent, s’envient et se déchirent, s’entrechoquent ici de la manière la plus concrète qui soit : la petite infirmière percute en voiture le clochard, équipé de son côté d’un véhicule plus modeste, vu qu’il trimballe partout un caddie de supermarché qu’on pourrait volontiers qualifier de « caddie de survie ». Ce choc des classes sociales, capté ici avec une brutalité visuelle inouïe, est d’autant plus impliquant pour le spectateur que Gordon s’inspire d’un véritable fait divers, qu’il réadapte bien sûr à sa sauce, tout en conservant les bases de ce drame puant de réalisme. Après avoir encastré ce pauvre mec dans son pare-brise, la malheureuse conductrice va se transformer en un bourreau cruel et irresponsable, prisonnier d’un engrenage mortel qui va embarquer dans son sillage ses proches, devenant malgré eux les complices d’un massacre lent et douloureux. Mais Gordon ne pratique pas le manichéisme. La coupable se mue peu à peu en victime, celle de sa propre négligence, qu’elle paie cash, et en monnaie de chair et de sang. Après avoir laissé ce pauvre quidam coincé dans son pare-brise et enfermé dans un garage transformé en lieu de mort, celle par qui le malheur arriva se voit rongée de l’intérieur par l’arme la plus destructrice : la culpabilité. Gordon, conteur habile et metteur en scène de talent, ménage les effets-chocs, distille une pure ambiance de néo-noir façon Frères Coen (on pense souvent à Blood Simple), et achève littéralement le spectateur avec une conclusion réflexive et glaçante. Stuart Gordon, ou le talent qui dérange…

Mad Movies

 

Publicité

Publié dans Projets Personnel

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article